Illusion mnésique ou faux souvenirs ?

Illusion mnésique ou faux souvenirs ?

Le faux souvenir parfois appelé illusion mnésique est un phénomène lié à la structuration et au fonctionnement normal du cerveau. C’est un incident très répandu et commun dans la population. Un faux souvenir se définit comme la mémorisation à tort d’un élément qui n’a pas été exposé. Ceci peut être le résultat de plusieurs défaillances dans le processus de mémorisation comme par exemple, l’encodage partiel d’un élément ou une erreur lors du processus de construction du souvenir.

Le faux souvenir doit être étudié de manière macroscopique puisqu’il fait intervenir des processus variés impactant la mémoire épisodique, la mémoire de travail, mais aussi la mémoire sémantique. Par ailleurs, l’apparition de faux souvenirs est également fortement impactée par des facteurs environnementaux tels que les facteurs sociaux et culturels, mais également par les mécanismes bottom-up en lien avec la perception.

Le faux souvenir est un événement ayant des conséquences mesurables. À titre d’exemple, plusieurs études ont remarqué la hausse d’activité du cortex préfrontal et frontal lors de l’apparition de faux souvenirs. Par ailleurs, de manière indissociable, les souvenirs faux et vrais semblent activer les mêmes zones du cortex préfrontal supérieur médian, précentral gauche et pariétal inférieur gauche.

Prévalence des illusions mnésiques.

Prédisposition à l’émergence de faux souvenirs.

En tant que phénomène non pathologique, le faux souvenir peut être expérimenté par n’importe qui. On retrouve des occurrences peu importe l’âge, les pathologies et le développement intellectuel. Par ailleurs, il semblerait que le faux souvenir puisse même être transmis par contagion sociale.

Le faux souvenirs avec l’âge.

Cependant, des études comparatives ont montré une certaine prédisposition de certains sujets à émettre de faux souvenirs. Lors d’un déclin cognitif, notamment lié à l’âge, il y a une redistribution des facultés cognitives dans d’autres régions du cerveau. Ceci ne vient pas sans quelques faiblesses dans les facultés cognitives qui deviennent plus sujettes à l’émergence de faux souvenirs. C’est pourquoi plusieurs études mettent en avant la croissance des faux souvenirs liés à l’âge et le handicap associé. Cela devient même dans certains cas, un élément révélateur de défaillance de la mémoire. 

Lors du vieillissement, l’émergence de faux souvenirs est davantage liée aux intrusions en rappel libre que la fausse reconnaissance des items présentés. Les études actuelles semblent montrer qu’avec l’âge, les participants utiliseraient plus le gist que le verbatim lors selon la théorie de la trace flou du DRM. Ceci expliquerait l’augmentation de fausse reconnaissance par augmentation du nombre de répétitions uniquement dans les groupes des personnes âgées. D’autant plus que les FM sont souvent expliqués par une défaillance du contrôle de la source à cet âge.

On constate également une difficulté liée à l’âge à dissocier des items avec des similarités sémantiques ou perceptives. Cette situation fait écho au résultat d’études mettant en avant que le binding est de plus haut niveau chez les jeunes avec 3 informations contextuelles contre 1 pour les personnes âgées. Par conséquent, les anciens n’emploient pas les détails aussi efficacement que les jeunes. Finalement, les anciens encodent l’information et les détails, mais n’arrivent pas à les exploiter. L’usage de stratégie mémoriel est moins présent chez les anciens.

Par ailleurs, c’est là d’ailleurs que l’accroissement des faux souvenirs pose problème, les groupes d’études âgés sont majoritairement plus confiants quant à la véracité des faux souvenirs. Néanmoins, ceci est moins évident quand ils sont encouragés à se concentrer même si la fréquence de faux souvenirs reste supérieure au jeune.

Le cas particulier des illusions mnésiques et maladies neurodégénératives.

La mémoire sémantique est majoritairement plus stable lors du déclin cognitif lié à l’âge comparativement à la mémoire épisodique. Ce constat est moins évident concernant les individus souffrant de troubles Alzheimer (AD). Les individus AD comme les anciens dits sains ont un déclin dans la mémoire épisodique. Mais la mémoire sémantique semble mieux préserver chez les individus sains.

Apparition de faux souvenirs et milieu contingent ?

Il y a plusieurs situations qui impactent l’émergence de faux souvenirs. Ceux-ci peuvent être définis selon : caractéristique du stimulus, les conditions liées à la perception et les capacités du sujet (encodage, stockage, conditions de rappel et récupération).

L’apparition de faux souvenirs suivant la cible.

De manière générale, plus il y a de caractéristiques distinctives dans les éléments présentés, plus la détection des faux souvenirs sera facile pour le sujet. Parmi les caractéristiques ayant une forte efficacité, on retrouve les couleurs et la richesse de l’arrière-plan pour les images ainsi que la structure et la sémantique pour les mots. 

Mais il faut être en mesure d’assimiler les caractéristiques distinctives, situation qui n’est pas toujours possible comme vu précédemment. Néanmoins, les éléments sémantiques sont généralement mieux mémorisés que les éléments perceptifs. Les images par exemple apportent des stimulus et des caractéristiques facilitant la surveillance diagnostique, mais leur effet est considérablement réduit si présentés dans un ensemble d’images similaires.

Le contexte impacte la recrudescence d’illusions mnésiques.

À première vue, les relations sociales sont bénéfiques face aux faux souvenirs puisque de meilleures performances ont été enregistrées en groupe qu’individuel. Les méthodes d’attribution des expérimentations sur les faux souvenirs ont également mis en évidence que travailler en environnement non supervisé apporte plus de distraction impactant impactant l’apparition de faux souvenir.

Par ailleurs, les faux souvenirs  autour d’action liste de la vie quotidienne a montré que par la répétition d’imaginer faire une action, un individu sera plus enclin  à générer un faux souvenir.

Les faux souvenirs selon les individus.

En premier lieu, l’apparition de faux souvenirs dépend fortement des capacités de l’individu à utiliser certains pans de sa mémoire. Une faible capacité à utiliser la mémoire épisodique et le besoin de recourir à la mémoire sémantique est une conséquence probable de la recrudescence de faux souvenirs. Il en va de même de la capacité à déterminer de fausse reconnaissance à l’aide de processus comme le contrôle de disqualification, la surveillance diagnostic et le rappel-rejet

D’une autre façon, la relation avec les informations présentées joue un rôle important dans la création de faux souvenirs. Les informations émotionnellement chargées se retiennent mieux. Les émotions semblent accentuer les informations dites centrales et omettre les informations de second ordre.

De ce point de vue, les souvenirs émotionnels sont plus souvent soumis à un phénomène de reconstruction et peuvent en effet s’éloigner de la mémoire source et créer des faux souvenirs. L’imagination peut aussi causer une distorsion de la mémoire appelée Inflation de l’imagination.

Concernant les facultés préalables de l’individu, plus de connaissance objective autour d’un sujet est exploitable par l’individu moins de faux souvenirs pourront apparaître. Cependant, l’intérêt nouveau pour le sujet n’a pas été corrélé à l’émergence ou non de faux souvenirs. Au même titre qu’avoir une pensée analytique permet de distinguer plus efficacement les vrais souvenirs des faux. Enfin, nous sommes plus aptes à nous faire avoir par de la désinformation quand on va dans le sens de nos croyances.

Paradigme et recherche autour des faux souvenirs

Théories et fondements sous-jacents.

Les faux souvenirs sont souvent étudiés par le prisme des similarités sémantiques à l’aide du paradigme DRM. Ce premier paradigme, mis en évidence par Roediger & McDermott a permis l’étude supervisée des faux souvenirs. Ce paradigme ainsi que les résultats sous-jacents sont interprétables principalement par deux théories que sont la théorie de la trace floue et la théorie de l’activation du contrôle de la source

La théorie de la trace floue.

Dans la théorie de la trace floue, le faux souvenir est causé lors de l’encodage des informations ou lors du rappel général des items (Gist) lorsque les éléments distinctifs (Verbatim) sont non sollicités. Le Gist peut se définir comme la faculté de la cognition humaine à saisir une idée générale dans une scène. Le Gist est un phénomène qui apparaît très rapidement lors de la perception visuelle, car présenté avant la première saccade oculaire (environ 200 ms). 

Ceci rend l’étude de son origine et de son importance difficile. Le Verbatim quant à lui joue un rôle essentiel pour unifier et reconnaître l’information. Finalement, dans la théorie de la trace floue, le Gist et le Verbatim doivent être utilisés de pair pour estimer les vrais souvenirs des faux. On constate généralement que le faux souvenir émerge par un défaut des traces Verbatim par rapport au Gist.

La théorie de l’activation et du contrôle de la source.

Dans la théorie de l’activation et du contrôle de la source, le faux souvenir apparaît à cause de deux processus distincts que sont l’activation et le contrôle. Le faux souvenir est la conséquence d’une association abusive entre l’association interne sur l’élément leurre et l’activation associative externe sur les items du DRM. On peut entendre ceci comme une erreur de diagnostic sur la source. En règle générale, une diminution du contrôle de la source augmente l’apparition de faux souvenirs. 

Le processus d’activation intervient plusieurs fois lors de la présentation d’items, ce qui augmente le sentiment de familiarité et inhibe la source de l’activation. Ceci présente la principale différenciation avec la théorie de la trace floue en explicitant pourquoi des faux souvenir peuvent apparaître lors du processus de récollection et non plus que par familiarité.

Le paradigme de la désinformation.

En dehors de l’étude ontologique du faux souvenir, le paradigme de la désinformation travaille activement sur le phénomène du faux souvenir. Dans ce cadre, la désinformation représente la conséquence de faux souvenirs apparaissant dans des conditions spécifiques. Ici, un individu est sujet aux faux souvenirs à la suite d’un événement vécu dont il est témoin et dont ultérieurement des informations supplémentaires seront induites et supposées vrai après coup. 

Le paradigme de la désinformation est moins consensuel en ce qui concerne l’émergence accrue de faux souvenirs liés à l’âge. Il n’y a pas  de variation significative sur le paradigme de désinformation entre jeunes à l’étude et ancien. Néanmoins, il est nécessaire de recourir à plus de données pour faire une méta-analyse à ce sujet, car la valeur statistique p dans ce cas, n’est pas assez sensible sur les échantillons actuels.

Les paradigmes de contingence sociale des faux souvenirs.

Enfin, d’autres paradigmes autour du faux souvenir traitent de l’apparition de faux souvenirs collectifs. Le paradigme de la contagion sociale semble suggérer la possibilité de transmettre de faux éléments par interactions sociales. À l’inverse, la retrieval disruption hypothesis suggère que chaque individu utilise une stratégie qui lui est proposée lors de l’étude d’items. La mise en commun en groupe semble éviter l’émergence de faux souvenirs.

Recherche et outils expérimentaux pour les illusions mnésiques.

Lors des expérimentations scientifiques, les faux souvenirs sont souvent étudiés dans le cadre de rappel libre ou de reconnaissance. Souvent, les protocoles expérimentaux emploient un items critique appelé leurre qui sert d’élément déclencheur du faux souvenir. Les caractéristiques du leurre sont des paramètres modifiables ayant un impact sur son efficacité. Par ailleurs, l’intensité des leurres au sein d’une liste est également un facteur aggravant l’émergence de faux souvenirs.

Plusieurs modèles sémantiques sont employés dans les études supervisées, le plus commun probablement est le modèle word2vec, mais il existe également le TCC Lexical souvent mise en avant.

Des études sur les stratégies mnésiques ont montré une efficacité sur la capacité d’un individu à discriminer les vrais et faux souvenirs. La Retrieval-based monitoring strategy (RBMS) est l’une des plus citées. Elle peut être implémentée dans des programmes d’entraînement cognitifs pour mesurer son efficacité. 

Photo Maxime Macé

Maxime Macé

Simple passionné de thématiques diverses et variées. J’apprécie enrichir mes connaissances dans les disciplines techniques comme l’informatique, les sciences et l’ingénierie, mais aussi dans les domaines merveilleux de la philosophie, l’art et la littérature.

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